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Chen Jiang Hong

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J’ai rencontré Chen Jiang Hong à l’occasion d’une manifestation à Paris Villette en 2008. Le festival codex m’avait offert une carte blanche pour présenter un spectacle destiné aux enfants. J’avais proposé à Chen de faire une performance autour de deux de ses livres, Le cheval magique de Han Gan et Le prince tigre.

Il est ici question de la place de l’art dans le monde, de la force de la transmission, de la difficulté de vivre avec ses différences fussent-elles des dons… D’une manière poétique et métaphorique, ces deux histoires racontent Chen, son héritage culturel et sa propre expérience. Chen, qui est auteur et peintre, travaille dans l’intimité et la solitude de son atelier, mais il aime aussi la scène, le public, la jouissance dans la multiplicité, l’énergie et la générosité que le plateau demande. Et c’est cela qui m’a plu en lui et donné l’envie de faire ce spectacle.Tout s’est construit autour de ces deux éléments : l’intimité et la performance.

Pour le prince Tigre, nous avons utilisé les illustrations du livre de Chen. Chacun des tableaux est projeté à l’échelle du théâtre. La scène devient une sorte de livre ouvert, avec des pop-up géants qui jaillissent du sol. Les images se figent pour raconter, pour suspendre le temps, le regard du spectateur recherche des détails, rentre dans l’image. C’est un montage image en direct, un dessin animé par les sens et les émotions. De véritables tableaux s’enchaînent comme on tournerait les pages d’un livre. A l’échelle d’un théâtre, j’ai voulu reproduire l’intimité d’une lecture qu’on ferait à un enfant le soir au coucher.

Le Cheval magique de Han Gan parle d’un enfant qui va vers la peinture, la peinture comme salut dans la vie, comme moyen de se donner les moyens - le désir de toujours peindre, puis la reconnaissance académique et une fois cette reconnaissance, le risque d’être utilisé par les autres… Chen entre ici en scène. Il agit directement sur la narration en dessinant l’action à l’encre de chine. Son trait fin, rapide et incisif devient le moteur du récit. Une caméra agrandit le dessin sur l’écran de projection qui couvre l’ensemble du plateau. On décompose l’illusion en fabriquant les images devant les spectateurs. C’est une performance picturale en parallèle et en interaction avec cette histoire. Un simple trait de pinceau devient le plateau tout entier, l’image s’anime, certains dessins sont précis, d’autres de simples esquisses, certains sont abstraits. La poésie est partout, dans chacun des dessins, dans leurs silences, dans les histoires, dont le rythme est lent, comme pour s’opposer à la profusion des images que produit et consomme notre monde.

Plutôt que d’incarner les personnages, j’ai voulu faire du plateau un grand livre animé comme une expérience narrative où se mêlent voix, dessin, vidéo et musique. J’ai demandé à Thomas Landbo et Rémi Berger de construire une bande sonore et musicale. Pierre Nouvel a créé la scénographie et la vidéo. Estelle Meyer est la narratrice.
 

François Orsoni