Jeunesse sans dieu - Blog du cours Florent

10 mars 2014

Blog du cours Florent

Comment sera la nouvelle génération ? Brutale ou seulement fruste ? Cette question, toutes les générations se la posent sur celle, montante, qui fait peur ou qui seulement intrigue. Horváth, le dramaturge bien connu de Casimir et Caroline, fait dire en 1937 à un écolier dans sa copie : « Tous les nègres sont fourbes, lâches et fainéants. » Son professeur s’inquiète de cette montée insidieuse du fascisme chez ses jeunes têtes blondes. L’aventure d’un camp de nature pour les adolescents révélera à travers un crime et un procès les égarements de l’esprit humain dans ses faiblesses. 

Tel est le sujet de « Jeunesse sans Dieu », le dernier roman écrit par l’auteur hongrois (mais qui écrivait en allemand), qu’on a pu qualifier d’auteur dégénéré et qui serait devenu, si une branche d’arbre ne l’avait pas tué sur les Champs-Élysées, un scénariste extraordinaire à Hollywood. 

On pense parfois au cinéma dans la mise en scène de François Orsoni au Théâtre de la Bastille : le déroulé des séquences, l’alternance des dialogues et du récit, le jeu souvent resserré des acteurs, la musique, les chansons, tout un arsenal de formes qui donnent au spectacle un mouvement fluide et cadencé. 

Le ressort dramatique est avant tout romanesque. C’est le combat d’un homme libre contre une société rongé par le mal. Le procès qui suit le drame au cours de ce camp où on apprend à devenir un soldat et par conséquent un homme oblige notre professeur d’histoire et de géographie à fouiller la nature de ses proches pour y chercher la vérité. 

C’est la troisième fois que François Orsoni revient sur cet ouvrage. L’été 2011 d’abord en Corse pour un stage avec des jeunes gens, puis en janvier et février 2013 au Cours Florent avec la Classe libre. Il est à noter qu’on retrouve dans la distribution Brice Borg, Florian Pautasso et Jordan Tucker qui avaient travaillé avec Orsoni cet hiver-là. 

« A sa première lecture le roman m’a frappé par ses ruptures, ses détours, l’écriture me semblait urgente, presque automatique, alternait le récit didactique d’épisodes concrets et le lyrisme prenait des chemins détournés. » C’est bien cela qui a passionné le metteur en scène, et aussi : « la description d’une société absurde dans la quelle se débat le professeur, sa solitude extrême qui confine à la folie, son sentiment d’une coalition sourde qui se tisse autour de lui sans être incarnée par des êtres précis, ... la culpabilité d’un crime qui n’est pas le sien mais que l’on voudrait commettre pour exister, pour agir, la recherche de la foi perdue, tous ces éléments imprègnent le roman de ce climat des années trente en Allemagne. » 

Il va sans dire que ces thèmes évoqués et traités dans le roman résonnent encore violemment aujourd’hui. Et c’est tout le talent de François Orsoni de les présenter avec cette acuité. On comprend bien pourquoi cette problématique obsède cet artiste et il l’expose à merveille sur le plateau. Il a réuni une troupe d’acteurs souples et mobiles, puisqu’ils se fondent allègrement dans cette partition en passant pour certains d’un rôle à l’autre sans que jamais le fil narratif ne soit rompu. L’acteur flamand, Bert Haelvoet, est particulièrement saisissant dans le rôle complexe du professeur. Sa déambulation nonchalante, son charisme latent, son accent naturel, je dirais même presque sa difficulté à parler le français, donnent à son jeu une étrangeté étonnante. 

FXH