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8 décembre 2010

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Clotilde Hesme dans Baal (Mathias Augustyniak M&M)

Clotilde Hesme dans Baal (Mathias Augustyniak M&M)

Heure de Baal au théâtre de la Bastille

De Baal, il avait été question à Avignon... Après une tournée corse, de Baal, il est (enfin) question à Paris, avec l’installation de la pièce, jusqu’au 22 décembre, au théâtre de la Bastille.

Clotilde Hesme, cheveux courts, habillée en homme, est Baal ; le rôle-titre d’une pièce de Brecht, présentée ici dans sa version primitive, écrite alors que l’auteur n’avait que 19-20 ans. Et la comédienne l’est totalement ce Baal. Par le ton qu’elle lui donne, oui, mais c’est surtout son corps que l’interprète offre à son personnage... et au public. Magnétique, Clotilde Hesme s’amuse sur scène, et communique son plaisir à ceux qui, dans le noir de la salle, l’observent.

Mais qui est-elle, qui est-il ? Baal est un jeune poète. Baal boit. Plus que de raison. Les filles – qu’il méprise – s’en amourachent de lui, les hommes cherchent son amitié, ou au moins sa compagnie. Baal est dans l’excès, dans la recherche de la jouissance, sans cesse.

Par instants, le spectateur se demande s’il ne manque pas un peu de dureté, de noirceur, à Clotilde Hesme. Est-ce sa grâce naturelle ? Il semble que la comédienne adoucisse quelque peu le personnage qu’elle interprète. La violence, la douleur, les tourments, sont présents, mais ce que reçoit le spectateur reste finalement assez mesuré ; ce qui ne l’empêche cependant pas d’être ému.

Six comédiens entourent Clotilde Hesme ; interprétant chacun plusieurs rôles, ils essaient d’exister – avec plus ou moins de réussite – aux côtés de celle dont le regard, avouons-le, a beaucoup de mal à décrocher.

La mise en scène que propose François Orsoni de l’œuvre de jeunesse de Brecht qu’est « Baal » est remarquable d’apparente simplicité, d’ingéniosité et de fluidité. Ponctuée d’intermèdes rocks assez jouissifs, elle ne laisse la place à aucun temps mort.

Violente et poétique, dure et drôle ; « Baal », à défaut de réellement fasciner, intrigue et séduit. Pari réussi. Sorti de salle, le spectateur s’étonne de ne pas avoir vu filer les deux heures du spectacle et se prend à désirer se plonger dans l’œuvre de Brecht. C’est plutôt bon signe.

Sonia Dechamps